L’exode nordique Naskapi.

Vignette Historique de la saison

-L’exode nordique Naskapi. 27 août 2011

Les Naskapis sont une première nation qui a toujours été située dans le nord-est du Québec. Ils sont connus comme ”ceux qui vivent au delà du monde connu”. Ils sont, avec les Cris, la nation Algonquienne vivant le plus au Nord du Québec.

La nation Naskapie, au cours de son histoire récente, s’est souvent faite déplacer. Bien qu’étant nomades, ces déplacements ont souvent été involontaires, dictés par les intérêts de la fameuse Compagnie de la Baie d’Hudson, partenaires des Naskapis dans la traite, et pourvoyeur de denrées issues du sud, du monde des blancs. Cette population, après être revenue de Fort McKenzie, était donc rendue à Fort Chimo, en territoire Inuit, dans la Baie de l’Ungava, ville aujourd’hui appellée Kuujjuak. C’est à partir de ce lieu que se déroulera un des plus importants déplacements récents de population de l’histoire du Québec.

Pour des raisons encore nébuleuses, la nation Naskapie décidera d’entamer un exode massif vers le sud. Dès 1953 est établi un campement minier par la compagnie IOC, à quelques kilomètres au nord de l’actuelle ville de Schefferville. En 1955, la ville de Schefferville est fondée, et des activités minières amènent une grandissante population issue du sud du Québec à venir s’y établir de manière permanente. En 1956, la population Naskapie entière, décide de se déplacer de manière permanente, à Schefferville.

Nul ne sait de manière certaine ce qui poussa la nation à cette relocalisation lointaine. Il existe deux principales hypothèses à ce sujet. La première veut que c’est le ministère des affaires indiennes qui leur recommenda, ou les contraint à ce déplacement. La deuxième théorie veut que les Naskapis ont vu un avenir meilleur pour leur population en ce territoire plus au sud, près de commodités autrefois inaccessibles en ce coin de pays. La nouvelle ville offre des horizons plus prometteurs pour la population. Dans tous les cas, plusieurs sources confirment que les Naskapis ont vécu depuis des temps immémoriaux en symbiose et transhumance avec le troupeau de caribou de la rivière George, oscillant, lui, à relative équi-distance entre Kuujjuak et Schefferville. Les Innus-Montagnais, ainsi que les Innus du Labrador, ont aussi une histoire en lien avec ce troupeau, où des rassemblements inter-tribaux avaient lieu à chaque année dans un lieu à proximité d’un élargissement de la rivière George, le Lac de la Hutte Sauvage. Certaines fouilles archéologiques ont d’ailleurs confirmé que ces congrégations annuelles remontaient à très très longtemps avant l’établissement de la ville de Shefferville.

C’est donc en 1956 que, d’un pas déterminé, tous les Naskapis entameront une longue route. Un exode depuis Fort Chimo (Kujjuuak) jusqu’à Schefferville. Ils entameront ce grand déplacement à pied, effectuant une odyssée pédestre de près de 650 kilomètres à travers lacs, rivières, forêts, plaines, montagnes et récifs.

Ils ont voyagé avec leurs propres moyens, sans aucune aide gouvernementale, pratiquant l’auto subsistance tout au long de leur parcours. Le voyage, par contre, n’étant pas qu’un simple voyage de chasse, et étant un déplacement de population définitif, se révéla très ardu, d’autant plus que le gibier se fit rare au courant de cette période. Le chemin se poursuiva néanmoins, malgré la faim et la fatigue extrême, ainsi que l’évidente absence totale de routes ou de chevaux. La persévérance sût les faire arriver à bon port après moult tribulations.

Le lac Wakuach est une majeure porte par laquelle on passe pour arriver à Schefferville depuis le nord. Encore aujourd’hui, cet immense lac foisonnant est parcouru de façon massive par les Naskapis, puisque faisant partie de leur territoire actuel, par les Innus, et même par certains pourvoyeurs. À leur arrivée au lac Wakuach, situé à 115 kilomètres de Schefferville, la plupart des membres de ce grand déménagement massif sont épuisés au plus haut point, et plusieurs sont dans un état de famine. Mais au moins, ils sont enfin arrivés à destination.

À leur arrivée à Schefferville, les Naskapis s’établiront dans des abris de fortune, construits de leurs propres mains, à proximité de la gare de train à l’extrémité du lac Knob. En 1957, prétextant que l’eau du lac Knob est contaminée, ils se font tous relocalisés à l’extérieur du village, aux abords du lac John, en cohabitation avec des Innus-Montagnais. Là, malgré leurs espérances d’une certaine qualité de vie, ils se retrouveront dans une zone sans égoûts, sans eau courante, sans école, ni dispensaire médical. Ces conditions, pour l’oeil de l’homme moderne, sont bien pires que celles du nomadisme, les confinant dans ce qui fût décrit par plus d’un cinéaste ayant parcouru le lieu, comme un bidonville.

Le gouvernement essaiera de les établir dans l’actuelle réserve Innue-Montagnaise de Matimekosh, dans des maisons en rangée, contre leur gré, leur promettant des maisons isolées et insonorisées, ce qui ne sera pas le cas.

Les Naskapis seront déçus de leur traitement par l’entité nouvelle pour eux que sera le ministère des affaires Indiennes, à cette époque parait-il, ils n’auront pas encore oublié la relation de servitude qu’ils ont eue avec la Compagnie de la Baie d’Hudson.

C’est en 1978 qu’enfin, après avoir décidé de participer à la convention de la Baie de James avec les Cris, que l’entente sur le Nord-Est du Québec est signée. Enfin, une section de cette entente prévoit pour les Naskapis la possibilité d’établir un village à l’extérieur de Schefferville. Pour la première fois, la nation entrevoit un projet significatif d’avenir dont ils peuvent être les fiers artisans. Après deux ans de prospection et de débats, la population se met d’accord pour s’établir sur un terrain choisi, à une quarantaine de kilomètres de Schefferville.

Photographie d’une famille Naskapie, par Frank G. Speck: Naskapi, 1935 (Norman, Oklahoma: University of Oklahoma press)

Les Naskapi ont donc enfin pu bâtir, dès 1980, la municipalité de Kawawachikamach. Il s’agit d’un village qui aujourd’hui, se démarque par son esthétique agréable, construit presqu’à 100% par des Naskapis, avec des infrastructures très solides, église, piscine, écoles, belles maisons, mais pas de bar. En effet cette municipalité en est une sèche, c’est à dire qui ne vend pas d’alcool, et ce, pour le plus grand bienfait visible de ses résidents. À en juger par les résultats, on voit bien que la population de ce lieu est aujourd’hui dans une bonne situation, et possède bon nombre des outils qui leur permettront de prospérer et contribuer à l’humanité pendant des générations à venir. Ceux qui vivent au delà du monde connu, sauront être témoins de la vie dans ce territoire empli d’une beauté unique et source d’inspiration pour plusieurs.

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