-Profil artistique: Bâton de parole Une oeuvre électroacoustique

-Profil artistique: Bâton de parole

Une oeuvre électroacoustique

de Jean-François Blouin et Benoît Rolland.

Un des travaux les plus importants qui permet à une culture de se maintenir en bonne santé est celui de l’actualisation. Une culture vivante se réactualise de manière constante. Lorsqu’une population est prospère, cet exercice se fait de lui-même, au courant de l’activité quotidienne de sa société. Cependant, lorsqu’une population donnée connaît des contraintes matérielles ou autres, actualiser sa culture devient un exercice à la fois plus ardu et plus déterminant pour sa survie .

Patrick Hacikyan /

Une culture qui ne s’actualise pas devient un folklore, lequel, bien qu’appartenant au domaine de la culture, reste figé dans le passé. Il est à l’image d’une vieille peau de serpent, témoin de ce qui a précédé.
À une époque qui s’attelle à la tâche des standards et échanges internationaux, actualiser la singularité d’une culture donnée peut sembler contre-productif. Pourtant, le travail de réactualisation des cultures permet de rendre, chacune d’elles avec son bagage unique, accessible à cette convention et donc d’y participer.
Le monde autochtone semble lointain, tel un récit imaginaire. Toutefois, il est tout près ! Il est difficile à saisir, plus farouche que celui des nations conventionnelles. La nation autochtone la plus populeuse du Québec est la Nation Innue (montagnaise). Saisir son esprit farouche, c’est saisir son mode de vie, les subtilités de son quotidien, ainsi que sa mentalité.

(Crédit photo: Éric Maillet)

Le Far Est québécois
La Côte Nord est le Far Est du Québec. Elle est composée d’un savant mélange d’Innus, de Francophones, d’Acadiens et d’Anglophones Terre-Neuviens. Jusqu’à 2013, la mythique route 138 s’arrêtait à Natashquan, chef-lieu de la Basse-Côte-Nord, village de Gilles Vignault et lieu de la communauté Innue de Natashtikuan.
Aujourd’hui, la route s’arrête à une cinquantaine de kilomètres plus loin, au prochain village, Kegaska. Natashquan retient néanmoins son statut de village emblématique et incontournable de cette région. Dans l’optique de franchir les montagnes et les récifs, tant symboliques que réels qui nous séparent du monde Innu, deux montréalais ont emboîté un pas de géant. Il s’agit de Benoît Rolland et de Jean-François Blouin, musiciens et compositeurs, ayant terminé leurs études en électro-acoustique, au Conservatoire de Musique de Montréal, qui ont uni leurs talents pour créer un projet ambitieux, relié à l’actualisation de la culture Innue en Basse-Côte-Nord.
Il faut savoir ici que la musique électro-acoustique est une discipline considérée comme faisant partie de la musique contemporaine. C’est une musique entièrement composée de sons réels. La discipline prend ces sons, la décompose, puis la recompose, en les agençant de manière à en extraire une essence plus profonde et plus subtile, de façon à véhiculer un paysage sonore spécifique qui devient musique.
L’aventure « Bâton de parole » débute lorsque ces deux compositeurs, fraîchement diplômés du Conservatoire, décident de faire équipe pour créer des pièces évoquant des cultures méconnues et/ou disparues. Benoît Rolland éclairera le terrain Nord côtier pendant une longue période, avant que ne germe l’idée de saisir ce terreau fertile avec ses subtilités, dans une composition électro-acoustique. Les deux cerveaux feront donc équipe afin de récolter des sons essentiels à cette synthèse. Le projet réunira les grandes forces à l’oeuvre depuis des millénaires autour de Natashquan : vent, eau, neige, glace, roc, animaux, mais aussi enfants, adultes, passeurs de parole, sans oublier le Teweiken, tambour traditionnel Innu.
Une partie du son récolté pour la pièce provient de la participation d’orateurs et oratrices du Festival Innucadie. Témoignages et partages de la vie qu’ont connu et connaissent les habitants de Nutashquan.

(crédit photo: Julie Sauvé)

La création d’une oeuvre magistrale
Après des jours et des jours de récolte assidue de sons et paroles du monde en question, le travail s’amorça pour créer l’oeuvre. Celle-ci se veut une pièce qui plonge l’auditeur dans une immersion totale du monde Innu et Nord-côtier.
Tout est calculé pour amener ceux qui assistent à « Bâton de parole » à une graduelle submersion dans la réalité condensée de ce monde gagnant à être connu. Des heures et des heures de travail de chacune des parties de ce duo compositeur seront nécessaires pour mener à terme le premier Opus de ce projet. De fil en aiguille, au fil de la composition, mais aussi des performances publiques de cette oeuvre en système audio tridimensionnel, il devint clair que cette initiative n’en serait qu’une première étape. Pour compléter « Bâton de parole » plusieurs installations seront nécessaires.
Voilà comment cette superbe composition est passée d’oeuvre strictement phonétique au statut d’ouvrage didactique à valeur patrimoniale.

(crédit photo: Julie Sauvé)

Cet exercice se révèle être une libération pour les humains y ayant témoigné, mais aussi un pont pour le futur, pour tous ceux qui ont la chance d’aller y baigner leurs oreilles et leur esprit.

Souhaitons à Benoît Rolland et Jean-François Blouin, beaucoup de courant et d’eau à leur moulin pour y faire surgir un flot constant de transmission essentielle vers des générations futures.

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