À la recherche de la véritable raquette de neige

À la recherche de la vraie raquette

Au Québec, il y a toujours eu, de mémoire récente, une certaine rivalité entre les amateurs de raquette et les amateurs de ski de fond. Bien qu’il ne soit pas question de rivalité ici, mais plutôt des rivalités entre les différents types de raquette, il suffit de préciser que si les skis de fond sont comme une voiture de course, conçues pour la vitesse et la distance, la raquette, elle, ressemble plus à un véhicule 4×4 conçu pour faire du tout-terrain.

Patrick Hacikyan /

Les raquettes sont nord-américaines, utilisées depuis des millénaires et perfectionnées grâce au savoir-faire des générations. La capitale mondiale de la raquette est Wendake, le village Huron adjacent à la ville de Québec. Il y a quelques années, jusqu’au début des années 2000, on pouvait encore voir un peu partout sur les pistes et dans les magasins, les fameuses raquettes en babiche Max Gros-Louis, marque de l’ancien chef de cette communauté. Par contre, dans la deuxième moitié des années 90, une nouvelle variété de raquettes en aluminium a été mise sur le marché.

Raquette techno-sport

Cette nouvelle raquette « Techno » fait le grand bonheur des amateurs de sport d’hiver. Elle a été instrumentale dans le regain de popularité qu’a connu cette activité. En effet, en 2004, elle est passée de la cinquième activité la plus populaire, à la SEPAQ (Société des établissements de plein air du Québec), à la première place en terme de popularité dans ces établissement, de nos jours.
À cette période, on assistait à une recrudescence du nombre de marcheurs à raquette dans les sentiers de la SEPAC et les divers parcs de l’Amérique du Nord. Pour parcourir ces pistes, l’industrie du sport a donc conçu la
meilleure raquette qui soit pour cette activité aménagée.

Raquette techno

Raquette moderne. Photo ©Daniel Case

Ces raquettes sont nettement plus légères que les conventionnelles du style Max Gros-Louis. De plus, elles disposent de crampons pour faciliter l’ascension sur les pistes glacées. Il s’agit sans doute de la meilleure raquette pour les sportifs qui veulent jumeler jogging et sport d’hiver.

Cependant il existe une niche grandissante, partisane de la raquette traditionnelle. Devant la ténacité de ces groupes d’amateur(e)s, certaines compagnies, comme Raquettes G. V., à Wendake, ont lancé des raquettes hybrides, en bois et en copolymère de plastique. Les raquettes en voie de disparition, celles en babiche de vache et en bois, comptent pour un dixième de la production L’offre de la solution bois/plastique ne semble pas faire le bonheur de tous, ainsi la majorité des consommateurs optent pour l’aluminium.
C’est là qu’interviennent les connaisseurs, ceux et celles qui se rappellent que la fonction première d’une raquette est de faire du hors piste. En effet, si pour courir une piste enneigée, la taille réduite des raquettes en aluminium est un avantage certain, tel n’est pas le cas lorsqu’on s’aventure en forêt, hors des sentiers battus.
La conception même de la raquette, se perdant dans la nuit des temps, est née du besoin de se mouvoir en neige très profonde, en lieux souvent isolés.
La raquette en aluminium a des crampons qui vous empêcheront de perdre pied dans une pente où bien des gens ont passé avant vous, tassant la neige jusqu’à en faire une surface dure et glissante. Mais avancez en forêt dans la neige jusqu’aux hanches et la raquette techno s’y enfoncera.
Pour aller au-delà du simple « jogging sur neige », il faut savoir apprécier la somptuosité de la raquette faite à la main. Comme dans beaucoup de domaines, les grandes marques dominent souvent le marché, mais à la cime de cette échelle se perche ce qui, avec la plus grande maîtrise, est fabriqué à la main, selon les gestes   transmis par la main du maître. Il existe bien des souliers dans les rayons, mais seule une sélection très restreinte se hisse de toute évidence au niveau supérieur, tel un mocassin de J M Weston.

Chacun trouve raquette à son pied
La raquette en aluminium a été une très bonne nouvelle pour ce sport. Elle a contribué à la popularité de cette activité. Contrairement au raté qu’a re-présenté « le violon en aluminium », la raquette « techno » de métal et de plastique présente des avantages par rapport au modèle standard en bois de type Max Gros-Louis. C’est un produit très bien adapté à la réalité du marché du sport de masse, bien plus légère que la conventionnelle en bois qui l’a précédé.
Néanmoins, il existe toujours des invétérés de cette raquette en babiche de vache. Certains ne jurent que par le mocassin à raquette, dont l’utilité a été perdue avec la raquette techno. En effet, le mocassin à raquette, dépourvu de semelle rigide, permet une excellente circulation sanguine dans les pieds. La plante du pied se retrouve massée de manière constante par la traverse en bois qui supporte notre poids sur cette raquette.
Les queues de ces raquettes sont souvent critiquées par les amateurs de raquette techno qui aiment avoir les pieds libres lors de leurs excursions. D’autre, par contre, apprécient ces mêmes queues à l’arrière de la raquette, du fait qu’il est possible de s’en servir pour dévaler une pente enneigée, en s’accroupissant dessus, en fléchissant les genoux et en les tenant avec les mains.
En réalité, dans le monde de la raquette puriste, quatre modèles principaux sont utilisés en alternance selon le type de neige présente dehors.

Raquette algonquine

Raquette de type «huronne» ou «algonquine» de marque Max Gros-Louis, en babiche de vache.

La raquette dite «Algonquine», aussi connue comme la raquette Huronne, est la plus connue dans le monde. C’est elle qui sert de modèle à la raquette classique de masse, en bois de style Max Gross-Louis, en forme de goutte d’eau.

Raquette longue

La raquette longue, en voie de disparition parce qu’utilisée pour nomadisme.

Les raquettes plus longues, elles, sont confectionnées pour tirer des charges et faire de la distance. Le poids se répartit à merveille sur cette raquette, mais on l’emploie peu souvent de nos jours. C’est un véritable vestige des transhumances d’autrefois.

Raquette patte d'ours

Raquette patte d’ours en babiche de vache

La raquette dite « Patte d’ours » est celle sur laquelle est basée la raquette techno » Il s’agit d’un modèle plus petit, circulaire et étroit sur la longueur. On s’en servait sur la neige à grosse croûte. Elle est utilisée le plus souvent pour le sprint, car elle est conçue pour la course.

Raquette montagnaise

Raquette traditionnelle montagnaise faite à Schefferville, en babiche de caribou.

Nec plus ultra

La raquette dite « Montagnaise » est le juste milieu de toutes les autres. Un peu comme la Chaise de Boucle d’or, elle est ni trop grosse, ni trop petite ! Cette raquette est souvent faite en bouleau, du fait que ce bois se prête à merveille à ce type de travail, et ne fait pas d’échardes. Cependant, le bois le plus prisé pour cette raquette est le merisier, car c’est lui qui supporte le mieux les hivers et les années successives. La montagnaise se prête le mieux à une variété d’activités dans une variété de types de neige. Légère comme du papier, les en-filer est un peu comme mettre ses chaussons de neige.

Mis à part, le choix du bois et la main experte qui la taillera à l’aide du fameux « couteau croche » nécessaire pour ces travaux, l’autre point crucial qui démarque la raquette sauvage de toutes les autres, est la babiche. Pour les raquettes standard en bois qui étaient, il n’y a pas très longtemps, en vente chez Canadian Tire, la babiche est en peau de vache vernie, ce qui n’est pas le cas pour les raquettes traditionnelles faites à la main. Dans le sud du Québec, les maîtres artisans des différentes nations amérindiennes travaillent avec de la babiche de peau d’orignal. En effet, la peau de l’élan d’Amérique, une fois transformée en babiche, ne s’use presque pas et ne rétrécit pas lorsqu’elle passe de l’humide au sec et du froid au chaud.
Un peu plus au nord, les Innus et les Naskapis ne jurent que par la babiche faite en peau de caribou. À Schefferville, une des aînées est si experte en confection de babiche de caribou, qu’elle réalise de véritables prouesses uniques en leur genre. Une fois la peau de caribou trempée pendant au moins une nuit, elle en tisse des lanières très fines, si fines qu’elle arrive à tisser dans la babiche d’une raquette des motifs d’empreintes de pattes d’animaux familiers du Nitassinan. Les raquettes que cette aînée réussit à fabriquer sont de véritables pièces de collection dont on aime toujours se servir.

babiche

Babiche de caribou

Cette babiche de caribou a la réputation d’être encore plus résistante au rétrécissement et aux intempéries, que celle de l’orignal. Elle offre de plus une très bonne élasticité qui se marie à merveille à tous les types de neige. Ce type de raquette traditionnelle se vend autour de 600,00 $ la paire, voire plus. Elles constituent de véritables témoins de la science forestière des générations.
Il existe par ailleurs un type de raquette qui était fabriqué par les colons français. La raquette dite « d’Habitant » était utilisée pour courir les érables. En effet, lorsque la saison des sucres arrive et que l’eau d’érable monte dans les troncs, avant l’utilisation de la tuyauterie dans l’acériculture, il fallait aller vider les seaux qui se remplissaient au fur et à mesure. Pour ce faire, on allait « courir les érables » avec de massives raquettes. Celles-ci étaient faites en bois scié 1.5 x 3/4 de pouce; souvent du bois d’épinette.

Son filet se composait de tiges de métal qui quadrillaient sa sur-face. Ces raquettes devaient supporter le poids d’un acériculteur, mais aussi ce-lui du ou des tonneaux d’eau d’érable que ce dernier devait ramener jusqu’au traineau. Ce genre de raquette a presque totalement disparu de nos jours.
Quoi qu’il en soit, il existe une paire de raquettes pour tous et chacun, même lorsque la bonne majorité de la population du Québec pratique cette activité au moins à l’occasion.
Que vous choisissiez l’ergonomie d’une raquette techno, le classique d’une raquette standard en babiche de vache, ou le nec-plus-ultra qu’est l’oeuvre somptueuse d’une raquette traditionnelle faite à la main, les merveilles et le silence de la forêt en hiver vous attendent Tapez une surface avec vos raquettes, puis attendez 10 minutes. Ensuite vous pourrez enlever vos raquettes et marcher librement sur cette surface, vous y installer, peut-être y faire un feu, et tant qu’à y être, faites bouillir de l’eau pour y faire infuser une tisane de conifère, servez-vous quelques tranches de saucisson, partagez un casse croûte et arrêtez-vous quelques instants pour savourer la nordicité.

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2 comments for “À la recherche de la véritable raquette de neige

  1. J. Munger
    4 janvier 2019 at 2:13

    On voit que chez Gros-Louis, la raquette algonkienne on l’appelle la raquette huronne. Est-ce que c’est parce que c’est des Hurons et ils donnent leur nom à ce qu’ils font? Est-ce que c’est parce que c’est un modèle commun que les deux partagent? C’est peut-être le modèle de raquettes qui étaient les plus populaires chez les Hurons?
    Voici la page des raquettes traditionnelles de Gros Louis: http://www.raquettesgroslouis.com/product.php?catid=1

    • Genevieve
      5 janvier 2019 at 1:19

      Merci pour le lien! Nous allons modifier en conséquence.

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