LA MANIC: la voiture québécoise qui n’a jamais existé.

Plusieurs penseront sans doute à la fameuse «Christine», voiture hantée, héroïne d’un roman de Stephen King, lorsqu’ils verront une voiture figurer parmi les sujets de cette chronique. Toutefois, le sujet de cet article est plutôt un objet mobile difficilement identifiable.

Émilie Desharnais/

UNE INTRÉPIDE ENTREPRISE

Le début de l’entreprise s’amorça en 1969, lorsqu’un entrepreneur français, nommé Jacques About, décida de fonder une usine auto- mobile au Québec. À l’époque, la Renault était encore largement distribuée à travers l’Amérique du Nord, du fait de ses modèles économiques, fortement appréciés de ce côté de l’Atlantique. Cependant, plusieurs de ses plus luxueux modèles ne se rendirent jamais sur le marché nord-américain.

Le marché le plus enthousiaste de la Renault, en Amérique du Nord, se trouvait au Québec. Mais lorsque la Régie Renault décida de ne pas produire sa fameuse Alpine en Amérique du Nord, la déception fut énorme. C’est en s’inscrivant dans une volonté de répondre à cette forte demande de voiture sport de ce type que Jacques About lança son entreprise.

C’est en 1970 que l’homme d’affaires fait l’annonce officielle de son projet de lancer la production de la toute première voiture québécoise de l’histoire. La voiture s’appellera la Manic, inspirée des défis technologiques récemment relevés lors de l’achèvement du Barrage de la Manicouagan. La Manic était une voiture sport de luxe directement inspirée de la Renault Alpine. Plusieurs sceptiques n’y croiront pas. Pourtant, M. About va vite dévoiler la liste de ses partenaires financiers pour la mise sur pied de son usine. La construction de sa nouvelle marque de voiture se fera ainsi épauler par le manufacturier de cigarettes Gitanes, Bombardier, Steinberg, ainsi que la Caisse de Dépots et Placements du Québec, parmi d’autres.

Contre vents et marées, Jacques About persistera et signera. Plusieurs resteront bouche-bée lorsque l’usine sera construite, puis inaugurée le 1er janvier 1971, à Granby, en Montérégie. L’usine, conçue pour usiner 2000 voitures par an, était à la fine pointe de l’industrie. Ses bâtiments sont encore debout actuellement et utilisés par une autre entreprise.

UN VRAI BOLIDE

Contrairement à ce que plusieurs pensent, la Manic, quoique méconnue, réussit pendant un temps bref à se faufiler sur le marché américain. Il ne s’agissait pas d’une vulgaire voiture de sport. En fait, la Manic était un véritable petit bolide, de la classe des Alpines et Lotus.

Photo : © gtplanet.net

Le modèle à 105 chevaux avait une vitesse de pointe de 220 km à l’heure, ce qui la plaçait parmi les véhicules domestiques les plus rapides de l’époque. Si bien, que cette performance lui vaudra sa perte ! En effet, la qualité de cette voiture la plaçait en compétition directe avec la Ford Mustang et les Dodge Charger de l’époque. Incapable d’affronter une offensive publicitaire de ces grands constructeurs, la Manic sera contrainte de battre en retraite commercialement.

LE GLAS

L’apparition inattendue d’une voiture sport de qualité fabriquée au Québec n’a sans doute pas été appréciée par les grandes marques américaines. En un éclair, une intense lutte de positionnement s’est jouée, qui dama le pion de l’effort de marketing entourant le lancement de la Manic.

Dès mai 1971, force fut de constater que l’entreprise n’avait pas les reins publicitaires assez solides pour garder une position stable sur le marché.

Le 29 mai 1971, la fermeture de l’usine fut déclarée. Dès juin, on commença à désassembler la chaîne de production. Entre janvier et juin 1971, il se sera construit précisément 100 voitures Manic, tous modèles confondus.

Photo : © gtplanet.net

Tous ces véhicules trouveront vite preneurs, y compris la célèbre No 100 qui a été restaurée et peut encore aujourd’hui tenir très solidement la route. Il arrive parfois qu’une de ces merveilles méconnues apparaisse sur le marché d’occasions des collectionneurs. Par contre, peu de gens connaissent l’héritage que représente cette voiture de course inconnue lorsqu’elle est aperçue en train de ronronner sur une route de campagne.

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