DORMIR DANS LES LAURENTIDES

-Hospitalité nordique dans les Hautes-Laurentides.

Le Québec possède plusieurs régions connues pour leur hospitalité. Tel est le cas de l’Estrie, de Charlevoix, de la Gaspésie ainsi que bien d’autres. Celle étant la plus associée à cette qualité d’hospitalité au niveau de son hébergement et de sa restauration, est sans doute les Laurentides. Cette magnifique et accueillante région a depuis plusieurs années subi quelques changements dont la bonne majorité en font encore plus une destination par excellence.

PATRICK HACIKYAN /

Hospitalité nordique dans les Hautes-Laurentides

Lorsque les Laurentides sont évoquées pour le Québécois moyen, des images des Belles histoires des pays d’en haut viennent souvent à l’esprit. Ce territoire à été très tôt défriché et habité par les Français dans la région de Saint Eustache. Plus tard, les habitants Canadiens Français, vers le 19ème siècle, ont commencé à remonter vers le nord. À cette époque, beaucoup d’habitants du Québec quittaient pour émigrer aux États-Unis où beaucoup de métiers reliés à la production de textiles étaient à combler. 

Un curé maintenant bien connu, le curé Antoine Labelle, décida de freiner cette tendance. Il oeuvrera entre autres à l’ouverture de villages vers les Hautes-Laurentides. Il s’inscrira dans une logique de la même lignée que la « revanche des berceaux » qui visait à donner un poids démographique au peuple Canadien-Français, assurant ainsi sa pérénnité dans un contexte colonial anglais.

La gare de Saint-Jérôme, point ultime d’arrivée dans le premier tronçon de la mythique ligne de chemin de fer du Petit Train du Nord.


Pour ce faire, le cheval de bataille du curé Labelle sera l’établissement d’une ligne de chemin de fer qui partira de Montréal vers les « Pays d’en haut » et donc aboutira dans les Hautes-Laurentides. L’entreprise débutera après beaucoup de promesses gouvernementales non-abouties. En 1876 la ligne arriva à Saint-Jérôme. C’est ensuite le Canadien Pacifique qui accomplira la ligne, atteignant Mont-Laurier après d’intenses labeurs, en 1909. 

Les villages des Laurentides ont ainsi obtenu un boom de population puisqu’ils étaient jusque là isolés pendant l’hiver. Le chemin de fer vint leur apporter un lien entre les villages des Laurentides et Montréal. De plus en plus de familles s’établirent dans les Laurentides à cette époque, pour défricher des terres et y établir des communautés et villages.

Les habitants des Laurentides ouvrirent des terres agricoles dans la mesure du possible. Le travail y était assez ardu et les terres n’étaient pas aussi fertiles que certains escomptaient. Grâce à de fructueux événements, le plafonnment de l’activité d’ouverture de terres agricoles dans les Laurentides coïncida dans un premier temps, avec un nouvel intérêt de la population Montréalaise, puis de la population Américaine ensuite, pour les sports d’hiver tels que le ski, la raquette et le toboggan.

Le phénomène du boom Laurentien

Les Laurentides connurent ainsi l’apparition d’une forte manne touristique. Celle ci était bien avide de vastes territoires vallonnés et d’hôtellerie champêtre. Une nouvelle industrie du tourisme vint donner un second souffle à la région, et continue d’ailleurs jusqu’à aujourd’hui. La destination ski devint Mont-Tremblant, Saint-Sauveur, Morin Heights et compagnie. La région devint de plus en plus en vogue.

La construction de l’Autoroute 117 des Laurentides sonna le glas de la ligne du Petit Train du Nord. En 1960, le service de transport de passagers fût abandonné. À cette époque, bon nombre de lignes de chemin de fer et de tramway connurent une fin abrupte à cause de la rivalité de l’industrie automobile américaine vrombissante. Qu’à celà ne tienne, la tradition des Laurentides comme destination de villégiature, de chasse et pêche, de sports de plein-air et de maison de campagne était déjà bien établie dans les moeurs.

Avant la construction de l’aéroport de Mirabel, Saint Eustache et Mirabel étaient en quelque sorte la porte d’entrée des Laurentides. Ensuite ce fût au tour de Saint-Jérôme d’être considéré comme une porte d’entrée dans les Laurentides, et Sainte-Agathe des Monts en était le chef-lieu. En effet Sainte-Agathe a depuis des générations été le lieu où se sont établis des maisons, manoirs et villas nordiques de familles fortunées de Montréal mais aussi d’ailleurs au Canada et aux États-Unis. Un de ces manoirs que l’on peut encore apercevoir dans ce village fort attrayant est celui de la famille McGibbon aussi connu sous le vocable de « Stone haven ». Il a aujourd’hui été racheté par un duo d’entrepreneurs et reconverti entre 2015 et 2018 en haut lieu d’hôtellerie Laurentienne où vous pouvez passer la nuit.

Le manoir Stonehaven, auberge de qualité et ancienne résidence de Lorne McGibbon, à Sainte-Agathe des Monts, Laurentides

Les Laurentides, région où l’activité évolue sans cesse

Aujourd’hui Saint-Jérôme n’est plus considéré comme la porte d’entrée des Laurentides. Avec l’urbanisation, cette porte a migré vers le nord, probablement vers Saint-Sauveur. Le chef lieu de la région est aujourd’hui sans conteste Mont-Tremblant, dû à son important rayonnement international. Un lieu où s’est établi un village de ski attirant touristes d’à travers la planète, été comme hiver, sans oublier à l’automne, période des plus populaires à cause de ses flamboyantes couleurs. Ceci, même si l’on sait que la vraie « capitale » des Laurentides, c’est Mont-Laurier, dans les Hautes-Laurentides, ville avec la plus grande population de la région. Mont-Laurier, par contre, reste une ville moins touristique et plutôt fonctionnelle. Contre toute attente, les villes les plus importantes des Laurentides se situent dans les Hautes Laurentides, plutôt que les Basses Laurentides.

Dans cette région à l’héritage hôtelier, il n’y a pas que le sport et l’hébergement qui y est célèbre mais aussi la gastronomie. Jusqu’à 2014, un des hauts lieux culinaires de la région était le fameux Bistro à Champlain, situé à Sainte-Marguerite-du-lac-Masson, non loin de Sainte-Adèle. Après plus de 40 ans d’activité et une des meilleures caves à vin de l’Amérique du Nord, l’institution ferma. Cependant, en continuité avec l’évolution des Laurentides, le Bistro à Champlain connût un second souffle. Il réouvrit ses portes en 2015 à l’Estérel.

Il existe un certain glas se mit à sonner dans la première moitié de la décénnie 2010. Deux piliers de l’hôtellerie laurentienne ont dû clore boutique à cette époque. Premièrement l’hotel La Sapinière de Val David a mis la clef dans sa porte en 2013 après une histoire de 77 ans, ce qui est vénérable pour un établissement hotelier dans les Laurentides. Ensuite une autre institution, de Sainte Adèle: L’eau à la bouche, a aussi fermé en 2013. Celle-ci était connue par son immense contribution à la cuisine québécoise du terroir de son chef Anne Desjardins. L’eau à la bouche faisait d’ailleurs partie de l’estimée constellation des Relais et Châteaux.

Si dans les années 70, les Laurentides étaient le summum du chic pour faire des activités hivernales, l’image et le marketing de cette région a quelque peu changé depuis. Le côté prestigieux et avant-gardiste gagnerait à être d’avantage mis en valeur une fois de plus. Certains établissements, d’autres piliers hôteliers encore en activité mériteraient qu’on s’y attarde. Par exemple l’hôtel Chantecler, construit en 1938. Il a été agrandi pour devenir un hôtel de 135 chambres et 35 appartements. Dans les années 60-70-80-90, il était la référence en termes d’hôtellerie laurentienne. Sa rayonnance n’a jamais été tout à fait renouvelée post 2000. En effet les limites touristiques des Laurentides ont poussé vers le nord; urbanisation aidant. Néanmoins, l’établissement va pouvoir retrouver une pertinence en se repositionnant. Une nouvelle toîture d’ardoise ne saurait qu’aider, au niveau visuel extérieur. Dans tous les cas, il faudrait encourager ce type d’établissement à perdurer dans le temps autant que possible. 

À la recherche des précieuses authentiques Laurentides aujourd’hui

Pour retrouver un peu de l’atmosphère aventurière des Laurentides qui existait dans les années 60, il est évident qu’un train aiderait. Par contre, attendre Godot peut être long. En réalité, l’activité prometteuse des Laurentides aujourd’hui se situe peut-être dans les Hautes-Laurentides, au delà de Mont-Tremblant. Mont Laurier, moins connu, dispose pourtant d’une population supérieure à celle de Mont-Tremblant. Il n’y a pas là un mont de ski alpin mais d’autres activités pourraient rendre un village de la sorte très accueillant pour un public avide d’un petit village nordique champêtre. La formule balade ou expédition vers une destination forestière est de plus en plus recherchée de nos jours. Aujourd’hui des villages comme Nominingue, Mont-Laurier, Lac Saguay et autres, connaissent une certaine appréciation du public.

La forêt des Basses-Laurentides est très différente de celle d’Estrie. Une atmosphère différente attend aussi les visiteurs qui s’aventurent dans les Hautes-Laurentides. Là, on a une impression un peu plus alpine, nordique. Sans rivaliser avec les montagnes Rocheuses ou avec les Alpes, les Hautes Laurentides sont pourtant à une altitude plus élevée que celle au sud des Laurentides. La forêt contient plus d’épinettes et de bouleaux, le varech est beaucoup plus abondant, la topographie n’est pas tout à fait la même.

Chemin typique des Hautes-Laurentides

Il est sûr que ce boom hospitalier des Hautes-Laurentides est en partie nourri par Air B&B et compagnie qui vous permettent de louer la maison d’un particulier pour séjourner. Ceci permet de goûter à la vie d’habitant d’un lieu certes, mais évitez les chalets en série faits spécifiquement pour gagner de l’argent en location tentant d’en mettre plein les yeux mais passant tout à fait à côté de l’authenticité. Pour cette raison il est un excellent choix de se trouver un établissement hôtelier de choix et de l’adopter, appréciant ainsi l’effort expert de l’hôte en la matière. Vous pourrez arrêter votre choix sur des auberges renfermant encore des secrets méconnus comme l’auberge Île de France, à Nominingue, ou l’auberge Painchaud, à Lac-Saguay, construite par Georges Painchaud en personne, un des bâtisseurs de ce village. Ceci est sans mentionner l’option camping que plusieurs pratiquent hiver comme été. Aujourd’hui la denrée rare en la matière est le camping réelement sauvage. Bien que la Côte Nord soit le paradis du camping sauvage au Québec, il est bon de savoir que la région des Hautes-Laurentides maintient encore des bons territoires où il est encore possible de vivre l’expérience authentique du camping sauvage, sans voisins trop près. Là, passant une nuit dans les bois, vous ressentirez sans doute la vibrante et douce gentillesse de la nature qui vous entourera et même vous enveloppera de sa riche couverture.

Le train du nord à nouveau pointe le nez en cette décénnie. Il existe sous forme de train de banlieue. Partant de Montréal, il se rend jusqu’à Saint-Jérôme. On se retrouve une fois de plus au point où le Petit Train du nord était à ses débuts, là ou une espérance certaine faisait que tout était possible pour les Laurentides. Cette heure serait-elle revenue? En fait il s’agit d’un nouveau fabuleux chapitre qui se dessine pour les habitants du coin, et ceux qui veulent goûter aux soins que la nature peut apporter à ceux qui viennent passer une ou plusieurs nuits dans les fameuses Laurentides et goûter à cet insaisissable esprit de la nature.

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3 comments for “DORMIR DANS LES LAURENTIDES

  1. Annick
    29 août 2019 at 1:48

    J’aimerais ben ça, un poster encadré rétro de « Allons en ski dans les Laurentides! »
    Je ne savais pas que ça existait. On peux tu en trouver en vente quelque part?

    • Genevieve
      23 septembre 2019 at 10:55

      Bonjour Annick, nous n’avons pas encore réussi à en localiser. Nous vous tiendrons au courant dès que c’est trouvé.

  2. Rudy
    26 septembre 2019 at 4:49

    J’ai bien aimé votre article. Ça fait plaisir a lire. J’étais un habitué des Laurentides dans les années 70-80. La Sapinière, c’était LA place in où aller dormir après avoir été au Bistro à Champlain! C’était la belle époque, les robes en paillettes, les horloges grand papa et Richard Séguin à la radio. Parfois on allait au Bourbon Street à Saint Sauveur si on voulait danser. Le Bourbon c’était à deux pas de Mtl mais c’était la liberté. On s’amusait au Bourbon, et pas rien qu’un peu. Y’avait même plein de stars qui s’y tenaient quand ils passaient à Mtl: Eurythmics, Alice Cooper, Peter Frampton… C’était la place cool un peu au Nord de Montréal. C’est fermé mais les Laurentides j’aime encore ça. Hate a voire la suite de l’histoire.

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