Un parcours alimentaire des terroirs de la Côte-Nord.




Kegaska  (photo par: Claude Robillard)

Kegaska (photo par: Claude Robillard)

La Côte-Nord a la cote en 2016. Forte de l’extension de la route 138 qui tend vers Blanc-Sablon lentement mais sûrement, et de la possibilité que la construction pont de Tadoussac, porte d’entrée de la région, soit bientôt envisagée, la région connaît un regain d’intérêt de la part du public. Son chef lieu, Sept-Îles, est l’hôte du Musée Régional de la Côte-Nord. C’est là qu’on peut visiter une exposition mettant en valeur ses terroirs et son patrimoine agroalimentaire.

Au printemps 2013 a été publié un livre intitulé: De la subsistance à la table d’hôte : parcours du terroir alimentaire de la Côte-Nord. Les auteurs de l’ouvrage sont Guy Côté et Steve Dubreuil. Ce livre dresse un portrait de l’historique culinaire de la vaste région. Il prend en compte toutes les composantes du sujet; la part majeure apportée par l’héritage Innu du Nitassinan, l’époque de la Nouvelle-France, la période de la colonisation des terres, l’époque des grands projets, puis les innovations plus récentes.
Ce volume a ouvert les yeux de plusieurs sur la richesse méconnue du “far-est” du Québec. Le Musée Régional de la Côte-Nord a donc mis sur pied une exposition basée sur celui-ci. Bien des ouvrages ont été écrits sur la gastronomie de plusieurs régions du Québec, mais peu ou pas l’ont été sur la Côte-Nord. C’est ainsi que l’on s’aperçoit, en visitant l’exposition que, bien que l’apport culinaire de la région a longtemps été perçu comme minimal, il est en fait fort notable.
Premièrement, dans le monde autochtone, toute une science de subsistance a été accumulée par les générations d’Innus peuplant les lieux depuis 6000 ans, et même par les Inuits, qui étaient auparavant présents en Basse Côte-Nord. Les écosystèmes variés du territoire offrent en réalité une impressionnante flore comestible. Une forte quantité de baies, d’épices, de légumineuses et de racines ont garni le bol des premiers habitants des lieux. Le gibier, il va sans dire, est abondant et bon nombre de spécialités on été développées à partir de ceux-ci, notamment, le fameux pâté de graisse d’os de caribou qui fait, encore aujourd’hui, le bonheur de plusieurs initiés. Le poisson aussi a toujours été d’une importance majeure dans l’alimentation des premières nations, puisque si diversifié et surtout délicieux, issu des innombrables lacs et rivières, sans compter l’apport du fleuve.

Blanc-Sablon (photo par: Verne Equinox)

Blanc-Sablon (photo par: Verne Equinox)


Peu de gens savent que déjà en Nouvelle-France, la morue, et le saumon (dont probablement le délectable saumon de la rivière Moisie), ainsi que d’autres espèces, étaient déjà vantées pour leur abondance et leur saveur inouïe.
Peu de temps après la Nouvelle-France, des habitants ont défriché des terres, et on a aussi élevé du bétail. Il est surprenant d’apprendre qu’on y produisait du fromage qui était exporté jusqu’en Angleterre. En fait, jusqu’à assez récemment, certains possédaient encore des brebis jusqu’en Basse Côte-Nord, puisque les moutons ne sont pas très difficiles quant à leur alimentation. Avec l’arrivée de l’industrie forestière, la boucherie s’est installée, mais presque toujours, la table était complétée par l’apport alimentaire de la forêt, tel qu’enseigné par les Innus aux premiers colons.
Il s’en est suivi une longue période où, contrairement à ce que plusieurs croient, il y a eu une très bonne production agricole dans la région. On y a produit des graminées et moulu de la farine, et il y avait sur les lieux des beurreries et des fromageries.
Les Escoumins

Les Escoumins


L’ère mono-industrielle a quelque peu réduit les lancées agricoles de la région. Cependant, il y a une ou deux générations, on produisait encore pommes de terre, navets et choux en Haute Côte Nord.
Aujourd’hui, depuis le début des années 2000, on peut voir une très appréciable créativité de la part de la population Nord-Côtière. Les produits de la mer et des rivières sont transformés et exportés, une hôtellerie et une restauration se développe. Plusieurs communautés Innues ont des tables fort appréciées. Des nouvelles compagnies mettent en valeur les produits comestibles du territoire, entre autres, ceux cueillis à la main à même la forêt. Ce sont des denrées rares et aux qualités singulières. Pour plusieurs ailleurs dans le monde, ça devient des produits uniques et exotiques, même précieux.
Ainsi le patrimoine culinaire de la Côte-Nord est plus substantiel que l’on pense. Voilà pourquoi, si vous en avez la chance, il est important, lorsque vous passez par Sept-Îles, d’aller rendre visite au Musée Régional de la Côte Nord. L’exposition se termine au mois de mai, et au delà de cette date il est toujours possible de se procurer le fascinant livre de Guy Côté de de Steve Dubreuil: De la subsistance à la table d’hôte : parcours du terroir alimentaire de la Côte-Nord.

De la subsistance à la table d’hôte : parcours du terroir alimentaire de la Côte-Nord
Exposition au Musée Régional de la Côte-Nord jusqu’au 29 mai 2016.

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